Association du patrimoine artistique asbl

PIERRE BUCH - PHOTOGRAPHIES

Vernissage jeudi 10 novembre de 18 à 21h.

Exposition du 10 au 26 novembre 2016

Ouvert jeudi-vendredi-samedi de 14 à 18 heures

Ouverture les jours fériés tels que le vendredi 11 novembre

La photographie ne nous met pas devant la réalité, elle ne la montre pas, elle la commente. Elle nous parle autant de celui qui l'a regardée que de ce qu'elle semble faire voir. D'ailleurs, les premiers amateurs qui s'y sont intéressés, à la fin du XIXe siècle, étaient des peintres et en ont fait d'abord un usage purement artistique. En se répandant avec le portrait, la photo de reportage, de paysage, de carte postale, la photo a accrédité les idées populaires sur la capacité qu'elle aurait de nous donner un rendu objectif. C'est ainsi que l'objectif du photographe et l'objectivité ont fait un mariage illusoire et souvent trompeur. La photo, c'est simple. Il n'y a qu'à pousser sur le bouton. On pouvait aussi méconnaître tout ce qui se passait dans l'obscurité du laboratoire. Est-ce un art ? disait-on.

Depuis quelque temps, nous sommes revenus à une compréhension moins simpliste. Et dans le même temps, les œuvres des grands photographes ont rejoint celles des peintres dans les grandes collections et ont atteint des valeurs comparables. Roland Barthes, dans son langage bien à lui, a consacré tout un livre à interroger le statut ontologique de la photographie. Il est vrai qu'elle reste un mystère. En écrivant simplement qu'elle est un médium, j'ai déjà l'impression d'en dire plus que ce qu'on peut tirer du galimatias de la sémiologie et de la philosophie. Quelle chance nous avons ! Nous vivons dans une civilisation qui hérite du paganisme gréco-romain un goût de l'image et qui, loin de condamner la représentation, l'utilise pour comprendre et interpréter le monde.

En voyant la photo de Varanasi, qu'a prise Pierre Buch, quand je songe à cette Inde bruyante, surpeuplée, exténuante pour le voyageur, j'y vois d'abord son regard, sa volonté et l'énergie mentale qu'il lui a fallu avoir sur place pour saisir ce moment. Et ce moment est bien plus qu'un instantané : une durée qui suggère sa vision mentale et le silence d'une Inde éternelle. L'écrivain pourrait envier cette faculté de transmettre sans passer par les mots : cette énergie, cette capacité de distanciation, cette recherche d'expression de la quiétude, nous les retrouvons dans les autres photos que Pierre Buch a prises et dont la localisation lui importe peu. Elles constituent vraiment le propos de son art.

Pierre Loze - octobre 2016

Moments

Est-ce de la photographie ou est-ce une peinture?

Lorsque le photographe Pierre Buch prend une image, il ne capte pas un instantané, mais comme un peintre, il installe un moment qui dure. Il nous introduit dans une contemplation prolongée, nous mettant devant une image qui nous trouble, qui nous intéresse et en appelle à notre curiosité.

Où était-il? Où nous emmène-t-il? D’où vient ce brouillard?

Les lieux sont souvent énigmatiques, malgré quelques repères: un bateau, un soleil pourtant absent qui se mire sur la mer, les ombres d’une cité ou de montagnes. La localisation ne l’intéresse guère. Mais sur certaines photos, l’image est si précise que l’on peut détailler les matières et les formes présentes. Ainsi dans une région désertique, la netteté est telle que l’on parvient à identifier les gravures rupestres dessinées sur une immense paroi rocheuse, au pied de laquelle s’élève les ruines d’une cité. On observe le vol d’un rapace, les accidents du relief d’un gigantesque mur rocheux qui, au premier regard, semblait n’être qu’une vaste étendue de sable. Notre regard bascule étonnamment de l’horizontal à la verticale comme si nous étions cet oiseau et avions ses yeux. Quelle précision aussi dans ce canyon dont les arbres fournissent le seul repère d’échelle à ces vestiges de monts édentés par l’érosion! Ne croyez pas que Pierre ait voulu créer une image floue au Louvre Lens. C’est au contraire à la netteté des reflets sur un mur d’aluminium qu’il s’est attaqué! Il cherche volontiers les harmonies monochromes mais ne résiste pas à la couleur: quelques vaches rousses parmi les hautes herbes, un rayon du soleil qui éclaire soudainement le désert alors que dans le ciel semi orageux surgit le féerique fragment d’un arc en ciel...

Pierre parvient à nous surprendre tout en nous rendant sereins dans ce voyage autour du monde à la rencontre des œuvres des hommes et de celles de la nature. Des moments de grâce.

Dominique Vautier - Novembre 2016

Et un TEXTE DE MARC CRUNELLE dimanche 13 novembre 2016 à propos des photos de Pierre Buch

à la réflexion, je me disais que le point commun entre toutes, c'est le rendu, la captation d'un moment:

- un arc en ciel au-dessus d'une colline ensoleillée en Arizona,

- un oiseau noir passant devant une haute falaise ocre,

- le papillonnement de lumière sur l'horizon de la mer suite à une trouée de lumière entre les nuages,

- la silhouette d'un petit oiseau et ses reflets sur les vaguelettes d'une mer calme,

- un coup de vent faisant apparaître dans l'enfilade des colonnes sombres, les bannières lumineuses toutes inclinées dans le même sens,

- reflétée sur le mur en alu brossé au musée du Louvre-Lens, l'image d'un homme flou regardant une vitrine,

- la douceur des silhouettes de montagnes californiennes dans la vapeur du matin,

- un moment de lumière dans le couloir voûté de la cour centrale du palais de Charles-Quint à Grenade, rendant si bien les moulures et les reliefs de la paroi courbe

ce sont des courts moments, des situations inexistantes 2 minutes auparavant ou 2 minutes après, mais ce qui apparaît d'abord, c'est l'intemporalité de la vaste mer presque plate, des hautes parois rocheuses silencieuses, l'enfilade des colonnes massives d'un temple japonais, les profils éternels des montagnes, etc...

ce sont comme des Haiku

Marc Crunelle

La Libre Culture - Mercredi 24 octobre 2007

Expositions Satori et Crab Art - Les images de Buch

Photographe rompu aux variations de la technique, Pierre Buch est aussi le poète qu'un soupçon d'esprit (Satori) d'aventures, au hasard de l'œil, traverse quand, devant lui l'espace du monde rejoint celui du temps. De récents voyages en Asie l'ont convaincu des pouvoirs fascinants de mers et d'eau qui respirent au rythme des saisons. Il y a du Sugimoto dans ses océans qui s'étalent en bleu tendre sur des plages aux ondes électriques. Il y a du sage dans ses photos de bouddha en attente d'immortalité. Il y a enfin du visionnaire dans ses aires de sable que dessinent de floraisons inédites des crabes aux interventions insolites. Si de telles images n'évitent pas toujours le piège de l'esthétisme, elles reflètent un homme épris de la beauté des indices.

Roger Pierre Turine

Biographie de Pierre Buch

Né à Bruxelles en 1949, il photographie depuis 1965. Après des études de droit, il enseigne pendant 10 ans à l'Université de Bruxelles avant de travailler pour le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies, puis comme magistrat dans ce domaine. Il commence sa carrière photographique en 1981 et voyage dans 40 pays sur 4 continents en s'intéressant particulièrement aux paysages, à l'archéologie, à l'architecture et à l'ethnologie.

Missions photographiques

1981-1986 : Missions archéologiques belges au Mexique

1982-1983 : La culture Dong-Son en Asie du sud-est, Musée Royal de Mariemont

1983 : Service éducatif du Musées Royaux d'Art et d'Histoire (MRAH), Bruxelles

1984 : Ministère du Tourisme tunisien, Tunisie

1985 : Mission archéologique belge en Syrie

1989 : Investir en Wallonie, Région wallone

2008- 2011 : Reportages pour la presse (Egypte, Bali, Inde, Laos)

2010 : Architecture de terre en Europe (France, Italie, Espagne, Portugal), Ecole d'Avignon, France

2011 : Archéologie contempraine européenne (Belgique, France, Italie, Espagne, Grèce, Allemagne, Grande-Bretagne), Projet européen - Institut National de Recherche en Archéologie Préventive (INRAP), France)

Expositions personnelles

1983 : La voix des tambours, Musée Royal de Mariemont

Sierra Madre - Mexique, Espace Voyage, Bruxelles

2003 : Ailleurs, Maison du Peuple, Saint-Gilles

2004 : Horizons, Maison du Peuple, Saint-Gilles

2005 : Varia, Université Libre de Bruxelles

Eau, Hôpital Saint-Pierre, Bruxelles (exposition permanente)

2006 : La route des couleurs, Musée de Zacatecas, Mexique

2007 : Satori, Ambre Congo, Bruxelles

Chronofiction, Musée d'Histoire Naturelle, Bruxelles

2008 : Le retour des peyoteros, MRAH - Bruxelles

2010 : Parcours d'Artistes, Glacières de Saint-Gilles

2011-2014 : Profession archéologue : 2011: UNESCO et station de métro "Europe", Paris et 10 autres pays européens; 2012 : BIBRACTE, France; 2013 : Ville de Saint-Denis, France; 2014 : Musée Laténium, Suisse

2014 : Architecture de Terre, ICOMOS, Marseille

Participation à des expositions thématiques :

1993 : Archéologues belges au Mexique, Europalia - MRAH (Bruxelles)

2007 : Vêtements traditionnels du Mexique, MRAH (Bruxelles)

2008 : Mémorial Breendonk, Fort de Breendonk

2010 : Huichols, National Museum of Mexican Art, Chicago

2011 : Modernité fétiche, Musée Royal d'Afrique Centrale (Projet européen Cultures-RIMES), Tervuren et divers musées d'ethnographie européens

La nacion huichola : del mar al desierto, Museo Nacional de Arte Mexicano, Real de Catorce

2013-2015 : Devoir de regard, Amnesty International, Bruxelles et exposition itinérante en Belgique

2016 : Projet européen NEARCH, Palazzo Massimo, Rome (décembre)

Livres

2006 : La route des couleurs

2011 : Terres en vues

2013 : Profession archéologue

2015 : Chronographies