| ESPACE EXPO | |
![]() |
02.10 - 18.10.2009 ENTRE-TEMPS suite d'acryliques sur tôle et carnets d'esquisses espace d'exposition - Association du patrimoine artistique, 7 rue Charles Hanssens, 1000 Bruxelles
00 32 (0) 512 34 21, as.patrimoine.artistique@skynet.be ENTRE-TEMPS
« Ils témoignèrent de ce qu’ils avaient vu au même moment, et personne n’avait vu la même chose ». Mystère de notre condition d’homme. Nous nous croyons raisonnants et raisonnables, précis, mesurant et comparant, objectifs, et nous voilà sans cesse trompés par nos perceptions, joués par nous-mêmes, entre le moment où elles se produisent et la restitution que nous en donnons par le souvenir. Après s’être longtemps préoccupé de représentation et avoir débattu sur les formes qu’elle pouvait prendre, l’art d’aujourd’hui explore le champ de la perception, et traite de nos sens qui, insensés, bénéficient à tort de notre confiance pour donner au monde un sens. Cette exploration perceptive est même devenue son principal propos. « Nous évoluons dans un univers où les sensations, les événements visuels, spatiaux, acoustiques, olfactifs nous parviennent très nombreux, explique Pierre Lallemand. Ils nous arrivent discontinus, fractionnés, brisés. Nous-mêmes en mouvement dans l’espace et le temps, nous captons ces signes, ces objets ou parties d’objets, ils atteignent notre rétine et notre cerveau, et nous les emportons avec nous. En nous, ces éléments se libèrent, reprennent leur envol, se déforment et se déplacent avec la mémoire. On réintègre sans cesse ainsi des fragments de réalité qui se sont figés un instant et qui se recomposent. » « Le cerveau avec la géométrie a développé une conception orthogonale de l’espace. L’œil a toujours une vision conique. Il y a un paradoxe entre la table que je conçois comme un rectangle et ce que l’œil et le mouvement nous transmettent. J’essaye de dessiner des formes où le cerveau s’abstient de corriger ce que nous voyons vraiment, de les saisir en chute libre, avant qu’elles n’aient subi ce travail d’assujettissement. Moment instable où la table part en balançoire dans le mouvement, se déforme, moments suspendus, fugaces, espiègles où les mosaïques des données à peine enregistrées se bousculent, où les parfums, le mouvement, les propos, la main qui touche, entrent en compétition avec le regard ou ce que nous savons, et se disputent la place. Moments délicieux qui sont aussi ceux que l’enfance permet et laisse libres durant quelques années à peine. Intervalles, qui sont en fait les respirations où la vie reprend les saveurs de l’inconnu. Le cerveau est guidé par la géométrie euclidienne, mais aussi par le temps normé. Mais nous avons l’intuition que l’espace où nous vivons est plus complexe, que le temps se compresse ou se dilate selon les sensations, en fonction de sentiments subjectifs, créés par un effet d’harmonie ou son contraire, par des odeurs, par des affects qui transforment ou prolongent la sensation. Les collages des cubistes cherchaient à produire une image - admirable, méditée, apaisée - qui offrît une recomposition mentale de la perception. Pierre Lallemand cherche au contraire à rester dans l’instant qui précède, où les dés sont lancés, mais pas encore retombés. Les éléments récurrents avec lesquels il joue dans ses collages - un verre, des lunettes, un poisson sur l’assiette - sont comme les faces d’un dé. Le voilà lancé. Fin de repas entre amis… La phrase de Mallarmé nous revient. C’est peut-être une clef pour entendre ce qu’il veut nous dire. Pierre Loze Septembre 2009 |












