Association du patrimoine artistique asbl

HOMMAGE

à Denis Coekelberghs (1940-2026)

L'historien de l'art Denis Coekelberghs a été pendant vingt-cinq ans l'administrateur délégué de l'Association du Patrimoine artistique asbl. Il a joué un rôle fondamental dans les recherches et publications qu'elle a réalisées et dans la direction des équipes de chercheurs qui y ont contribué. Son influence sur le renouveau de l'histoire de l'art dans notre pays, sur la mise en lumière par des équipes d'historiens de l'art des artistes et périodes artistiques négligées a été considérable.

Formé à l'UCL, Denis Coekelberghs fut élève de Jacques Lavalleye. Après un mémoire de fin d'étude sur les grisailles dans la peinture des primitifs flamands, il a obtenu une bourse de séjour d'un an à Rome, afin de préparer un doctorat sur le séjour des peintres belges à Rome. Cette expérience a grandement contribué à sa formation et à l'élargissement de ses connaissances.Revenu en Belgique, il fut engagé à l'Institut du Patrimoine Artistique (IRPA-KIK) dans le cadre d'une équipe de neuf fonctionnaires destinée à mener à bien l'inventaire complet du mobilier des églises du pays, dans les neuf provinces.

C'est au ministre Pierre Wigny que l'on doit l'initiative de ce programme né des inquiétudes que pouvaient susciter les réformes liturgiques de Vatican II. Chargé de l'inventaire du mobilier des églises de la province de Brabant, une des plus riches du pays, Denis Coekelberghs a été confronté durant plusieurs années à quantité d'œuvres qu'il s'agissait d'identifier, mesurer, dater afin de préparer les missions photographiques et la publication d'un répertoire renvoyant aux clichés la photothèque de l'IRPA. Cette tâche portant sur des milliers d'objets a évidemment contribué à affûter son jugement artistique et son expertise de l'art des anciens Pays-Bas, tant dans le domaine de la peinture que de la sculpture ou des arts appliqués. Afin d'atteindre les objectifs de l'inventaire dans les délais les plus brefs, René Sneyers, alors directeur de l'IRPA, avait prié les neuf participants à cet inventaire de remettre à plus tard la rédaction de toute autre publication, article ou ouvrage. C'est au moment où cette mission touchait à sa fin, que j'ai rencontré Denis.

En remplacement d'un service militaire, Pierre Loze commençait un service d'objecteur de conscience de vingt mois dans cette institution scientifique, dont son maître Paul Philippot, professeur à l'ULB, nous avait vanté les qualités de ses fondateurs. Il avait à l'esprit la réputation de son brillant directeur Paul Coremans, promoteur de la rencontre des trois disciplines de histoire de l'art, de la restauration et des analyses scientifiques qui s'étaient développées autour de la restauration de l'Agneau mystique de Jean Van Eyck. Ayant contribué à la traduction en français de la thèse de doctorat de Johannes Taubert, qui s'était trouvé avec Paul Philippot parmi le fondateurs de l'Irpa, il avait l'espoir de pouvoir y développer, au contact des ateliers de restauration, l'étude des relations entre l'évolution des techniques de la peinture, et celle des modalités de la composition artistique, à la suite des réflexions que Taubert avait lui-même menées sur la relation entre les modes de composition de l'art de frères Van Eyck et celui de Dürer. Mais plutôt que par les ateliers de restauration, où Pierre ne fut jamais invité à pénétrer, c'est par une toute autre voie qu’il a trouvé un chemin.

Arrivé un lundi, il rencontra dès le lendemain Denis Coekelberghs lors de la réunion hebdomadaire du mardi des neuf membres de l'équipe du répertoire. Ceux-ci pour le reste de leur temps travaillaient au contact des œuvres découvertes sur place dans les églises du pays ou à leur domicile. Il lui est arrivé à ce moment-là une chose extraordinaire : pendant une heure environ ils avaient fait connaissance échangé leurs vues, leurs centres d'intérêt et évoqué les sujets qui mériteraient d'être étudiés de manière approfondie,concernant l'art et l'architecture en Belgique.Sans le savoir, durant cette heure, ils avaient abordé les sujets qu’ils allaient étudier ensemble durant les trente années à venir, avec l'association du Patrimoine, qui s'apprêtait à être créée.

Au cours de ses travaux d'inventaire, Denis Coekelberghs avait repéré à l'église de Woluwé-Saint-Lambert, un tableau de Théodore Van Loon, le Martyr de Saint Lambert, en très mauvais état de conservation. Sortant un peu de sa réserve de fonctionnaire, il avait pris rendez-vous avec le bourgmestre de cette commune, François Persoons, pour l'alerter sur l'état lamentable de ce tableau, alors que ce bouillant et sympathique politicien venait de se répandre dans la presse sur la nécessité de faire quelque chose pour le patrimoine des églises de Bruxelles. C'est ainsi que des crédits furent débloqués pour faire restaurer cette peinture par un restaurateur privé formé à l'Irpa, et qu'une équipe composée de neuf personnes, six historiennes et trois historiennes de l'art fut mise en place, en collaboration avec la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles (SRAB), en vue de réaliser dans les délais de six mois l’exposition Trésors d'Art des églises de Bruxelles.

René Sneyers annonça à Pierre Loze que désormais, il allais faire équipe avec Denis Coekelberghs, et le seconder dans la direction de cette équipe. Quelle chance formidable ! Denis mettait à la disposition de toute cette équipe son érudition et pour sa part Pierre, impatient d'écrire ou de contribuer à la finalisation des écrits de chacun, le secondais dans la réalisation d'un catalogue d'exposition dont nous assurions ensemble la relecture et la mise au point. Réalisé en un temps record, cet ouvrage publié simplement comme un numéro spécial des Annales de la Société d'Archéologie de Bruxelles a fait date, et reste un ouvrage de référence. Quelques grandes figures du XVIIe siècle, comme Théodore Van Loon, peintre bruxellois influencé par le maniérisme et le caravagisme, ont été sortis de l'oubli, mais les premières analyses des précurseurs du courant néo-gothique étaient également abordés. André Van Rie qui dirigeait alors la SRAB, nous fit confiance pour concevoir la scénographie d'une exposition qui, en concentrant à l'église Notre-Dame de la Chapelle quantité de chefs-d'œuvre amenés de diverses églises bruxelloises, évoquait la profusion artistique de toutes ces églises à la fin de l'Ancien Régime. Ouverte en 1979 dans le cadre du Millénaire de Bruxelles, cette exposition eut un grand succès. L'approche très concrète des œuvres, par la rédaction de notices sur chacune d'elles, nous ouvrait la pratique immédiate de notre métier. Formé successivement par Germain Bazin et Paul Philippot, Pierre Loze, en particulier, est conscient qu’aurait sans doute dû attendre davantage de maturité pour égaler ces auteurs qui étaient ses modèles, dans les grandes synthèses qui caractérisent leur approche de l'histoire de l'art.

Peu de temps après en juillet 1979, l'Association du Patrimoine artistique était créée, par la volonté du ministre François Persoons, pourvue d'un CA et d'une AG composée de professeurs des deux grandes universités du Pays, de directeurs des principales administrations concernées par le patrimoine et la culture, de membres de la noblesse et même d'un évêque. France Borel, alors secrétaire de François Persoons et ancienne étudiante de Paul Philippot, lui avait proposé en tant qu'ancien directeur de l'Institut International de Restauration à Rome, la présidence de l'Association, la vice-présidence étant assumée par Ignace Vandevivere, professeur à l'UCL. La Belgique était alors encore un pays riche et unifié. L'association avait été dotée de quelque 15.000.000 de francs belges qui furent consacrés à des restaurations de tableaux. C'est alors que furent entamées les restaurations d'un ensemble de tableaux de Théodore Van Loon, conservés notamment à l'église du Béguinage, ainsi qu'une série de paysages à thème religieux conservés à l'église Notre-Dame de la Chapelle et à l'église Saint-Denis de Forest. Ces restaurations étaient menées sous la surveillance d'un comité périodiquement réunis par Denis Coekelberghs.

Mais le travail de l'équipe d'historiens de l'art était loin d'être terminé puisqu'au lendemain de l'ouverture de l'exposition Trésors d'art des églises de Bruxelles, elle commençait une monographie sur L'église Notre-Dame du Béguinage, son architecture et son mobilier. Cette année d'intenses recherches et d'écriture, appuyées par les recherches en bibliothèque et l'accès libre et permanent aux rayonnages de la photothèque de l’IRPA, fut pour un certain nombre de ses participants un écolage exceptionnel, sous la direction de Denis Coekelberghs, partageant ses connaissance et son expertise. En décembre 1979, le manuscrit de cet ouvrage était livré aux éditions Pierre Mardaga.

René Sneyers avait le projet de lancer une collection de monographies, sur les églises bruxelloises ou sur les principaux édifices civils, éditée dans les deux langues. L'ouvrage à peine achevé, nous eûmes le projet de lancer ensuite l'étude sur Le Grand Hospice et le quartier du Béguinage, afin de démontrer la faisabilité de ce type de monographie, et de donner ainsi deux prototypes d'une collection d'ouvrages scientifiques mais accessibles au grand public couvrant l'ensemble du territoire national. L'éditeur Mardaga était partant pour ce projet.

Mais le processus de régionalisation, dont nous attendions qu'il apaise les tensions linguistiques, loin d'atteindre les objectifs espérés, les attisait au contraire, chaque communauté ne songeant plus désormais qu'à suivre sa propre politique culturelle, alors que la création de la Région de Bruxelles elle-même tardait à aboutir.

En attendant, René Sneyers nousrecommanda auprès de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles alors à la recherche de collaborateurs pour concevoir une exposition intitulée Poelaert et son temps. La même équipe se mit à l'ouvrage sur ce thème, selon le même principe d'un travail collectif et d'échanges d'informations inauguré par Denis Coekelberghs, et mis en place cette fois par Pierre Loze qui, préparant un ouvrage sur Le Palais de Justice de Bruxelles, connaissait cette matière et ouvrait tous ses dossiers. Toute l'année 1980 fut consacrée à l'étude des architectes du XIXe siècle, qui ont donné son visage à la capitale, et l'exposition s'ouvrit en novembre de cette année au Palais de Justice de Bruxelles, accompagnée d'un ouvrage édité par le Crédit Communal.

L'étape suivante pour la même équipe fut l'achèvement de la monographie sur Le Grand Hospice, son mobilier et le quartier néoclassique de l'ancien Béguinage. Pour la première fois, un quartier de Bruxelles faisait l'objet d'une étude archivistique, maisons par maisons. L'ouvrage qui réclama un travail considérable,fut édité en 1983, mais l'entente avec les éditions Mardaga fut rompue et malheureusement la collection en resta là.

Absorbé par le processus de régionalisation de l'État, le monde politique qui avait si généreusement doté l'Association du Patrimoine artistique semblait s'en désintéresser. Une fois les restaurations de tableaux réalisées, l'association ne reçut plus de fonds pour poursuive sa mission, sinon par un mécénat de la Société Générale de Banque. Mais, nous ne le savions pas, elle allait bientôt disparaître et le mécénat privé n'a jamais connu chez nous l'ampleur qu'il connaît dans les pays anglo-saxons. Nous avons alors conçu et fait connaître le principe selon lequel on ne peut conserver et parfois restaurer qu'un patrimoine que l'on connaît, dont on mesure bien le sens et la valeur. La publication d'ouvrages alliant les qualités scientifiques et une lisibilité pour le grand public devint notre objectif. La désinvolture à l'égard du patrimoine "du siècle passé", la méconnaissance des apports néo-gothiques dans le patrimoine des églises ou les destructions innombrables de maisons privées ou encore la négligence avec laquelle étaient traités de grands tableaux du XIXe siècle, voire même du XVIIIe siècle, jusque dans les musées chargés de leur conservation était alarmante. Nous avons alors rassemblé une équipe très nombreuse pour concevoir un Guide de promenades XIXe et Art Nouveau envisageant l'ensemble de ce patrimoine sous tous ses aspects. L'ouvrage fut publié en 1985 par la CFC (Commission française de la Culture), institution qui assumait le rôle de soutien à la culture, dans le processus de régionalisation en cours. Cet ouvrage qui connut un succès immédiat fut réédité en 1992. Il exerça une influence considérable sur le souci de conservation du patrimoine immobilier bruxellois et sur la prise en considération des ensembles architecturaux significatifs.

À la suite de son doctorat sur les peintres belges à Rome, Denis Coekelberghs avait accumulé énormément d'informations sur le Néo-classicisme en Belgique Sur cette base, une nouvelle et importante équipe de jeunes historiennes et historiens de l'art fut constituée en 1983, avec ce qui restait de la précédente, pour étudier systématiquement les archives, journaux et revues d'époque, afin de réactualiser l'information sur une période de l'art que les historiens belges ont trop longtemps négligée et considérée comme trop empreinte d'influences étrangères. Denis Coekelberghs avait le projet de renouveler complètement le regard sur cette époque, avec une publication s'inspirant des catalogues volumineux que commençaient à éditer les musées français. Avec le concours de la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles, alors toujours présidée par André Van Rie,cet ouvrage intitulé Autour du Néo-classicisme 1770-1830 avec une édition en néerlandais, vit le jour en 1985 accompagné d'une grande exposition ouverte au Musée communal d'Ixelles. Dans les années qui ont suivi nombreux sont les tableaux qui, conservés dans les réserves de ce musée, furent toilettés ou restaurés et remontés aux étages dans les salles d'exposition.

La recherche collective et inter-universitaire, dont le principe est encouragé par le FNRS (Fonds national de la Recherche scientifique), a permis d'accélérer la recherche mais elle pose des problèmes spécifiques, étant donné la variété des talents des chercheurs. Les uns plus doués dans la recherche de documents, les autres dans l'enquête auprès des particuliers pour retrouver des œuvres, et d'autres encore ayant une plus grande aisance de rédaction. Dans l'ouvrage final révisé, la signature commune en début de publication apparaissait au début comme une solution, chacun sachant intimement quelle avait été sa part dans l'œuvre commune. Mais elle ne satisfaisait pas tout le monde. Dans nos publications, quelques talents signataires de leurs notices annonçaient leur capacité d'autonomie, une collaboration durable et une carrière individuelle.

Parmi eux, se trouvait Dominique Vautier qui avait dirigé le dépouillement des archives et revues de l'époque néo-classique. À la tête d'une nouvelle équipe, elle entama le même travail sur les années 1920-1940 en Belgique et l'enquête sur les collectionneurs d'œuvres désormais désignées explicitement comme Art Déco, distinguées ainsi des courants contemporains surréaliste, expressionniste ou abstrait, assimilés à l'avant-garde.Là aussi les principes d'un dépouillement systématique des sources, d'un travail en équipe et d'échanges d'informations a permis d'aboutir à un ouvrage très completsur toutes les facettes de ce courant complexe où les arts appliqués avaient également leur part. Une autre grande exposition Art Déco Belgique 1920-1940 a ouvert ses portes au musée d'Ixelles en 1988, accompagnée d'un catalogue qui a fait date. À côté de Magritte et du trio des expressionniste flamands, c'est tout une génération de créateurs qui a ressurgi ainsi, et animé un marché de l'art qui souvent ignorait jusqu'à l'existence de ces artistes. L’exposition fut ensuite montée au Musée d'Art Moderne de Villeneuve d'Ascq en 1989.

Alain Jacobs, repéré par Denis Coekelberghs au stade du mémoire de fin d'étude par un travail sur André-Corneille Lens, s'était distingué au cours de la préparation de l'exposition sur le néoclassicisme. Il a ensuite entamé l'étude approfondie de ce peintre et théoricien du néoclassicisme,alors complétement méconnu. Elle devait aboutir en 1989 à une exposition réunissant ses œuvres au musée de Beaux-Arts d'Anvers. On doit à Alain Jacobs une lecture philologique des sujets traités par ce peintre qui rend cet ouvrage particulièrement remarquable. Là aussi, grâce à l'impulsion initiale de Denis Coekelberghs, c'est tout un pan du premier néo-classicisme belge avant David, aussi autrichien et romain que français, qui réapparaissait au grand jour.

Denis avait eu jusqu'en 1985 comme mission, en tant que fonctionnaire de l'IRPA,de diriger les équipes de l'Association du Patrimoine composées de chercheurs bénévoles ou bénéficiant de contrats d'emploi d'un an accordés par le ministère de l'Emploi et du Travail. À la suite du décès de René Sneyers, la nouvelle direction qui lui succéda jugea qu'un retour à temps plein dans les locaux de l'institution lui conviendrait parfaitement. Il décida alors de se lancer dans le privé et un grand antiquaire parisien lui proposa une association. L'érudition de Denis Coekelbergs, unie aux méthodes de travail d'un grand marchand, a donné très rapidement des résultats étonnants, basées sur des redécouvertes, des réévaluations d'artistes. Parmi celles-ci, on peut citer la Scène du massacre des innocentsde Léon Cogniet qui fut commentée par Stendhal au Salon de Paris de 1824, et qui allait être acquise par le musée des Beaux-Arts de Rennes. La plus étonnante d'entre elles, car elles furent nombreuses, fut celle du portrait de Caroline Bonaparte par Ingres, tableau perdu depuis le démantèlement de la maison Murat en 1814. La méthode de marchand d'art de haut niveau était de cibler des œuvres oubliées et consistait pour s'assurer des ré-identifications de voyager pour retourner voir dans les grands musées européens ou américains les principales œuvres d'un artiste, afin de pouvoir trancher sans équivoque. Dans ces aventures passionnantes, Alain Jacobs a eu sa part aux côtés de Denis dans la prospection, la documentation et l'établissement de dossiers sur ces œuvres réattribuées.

Durant toute cette nouvelle période de sa vie, Denis Coekelberghs en dépit de ses voyages incessants, garda son rôle au sein de l'association du Patrimoine. Avait été réunie à son instigation, l'ensemble de la documentation concernant le sculpteur Laurent Delvaux et avec ses encouragements, Alain Jacobs décida de se lancer dans une thèse doctorat consacrée à ce grand sculpteur du XVIIIe siècle, thèse qu'il défendit à l'Université Libre de Bruxelles en 1998, et celle-ci fit, dès l'année suivante, l'objet d'une publication dans la prestigieuse collection Arthena.

Une autre aventure qu'il a initiée dès la clôture de l'exposition consacrée au néoclassicisme au musée d'Ixelles fut celle d'un projet de monographie sur le peintre François-Joseph Navez.Après une phase de rassemblement de la documentation, qui tarda à aboutir à des textes convaincants, c'est finalement l'association très fructueuse et dynamique du talent critique de Denis Coekelberghs, de l'efficacité de chercheur d'Alain Jacobs et de la célérité d'écriture de Pierre Loze qui ont permis de finaliser cet ambitieux projet, avec la publication en 1999 d'un livre :François-Joseph Navez ou la nostalgie de l'Italie,publié chez Snoeck-Ducaju. Il était accompagné d'une exposition au musée des Beaux-Arts de Charleroi, qui fut reprise ensuite au musée de la Chaux-de-Fond en Suisse et au musée de Coutances en France.

Mais l'expérience de l'inventaire du mobilier des églises avait laissé à Denis l'ambition d'un autre projet plus vaste encore. Avec l'aide du Fonds de la Recherche fondamentale interuniversitaire du FNRS, l'association avait dès 1988 réuni une très importante documentationbasée sur la photothèque de l'IRPA concernant la sculpture et le mobilier religieux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles contenu dans les églises du pays. Dominique Vautier fut cette fois encore l'âme d'un projet de longue durée entrepris en étroite collaboration avec le professeur Paul Philippot, couvrant l'architecture, la sculpture et l'art du mobilier religieux de la période du maniérisme renaissant et du style baroque qui apparaît au XVIIe et se manifeste même jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, dans le anciens Pays-Bas et l'évêché de Liège. Denis Coekelberghseut évidemment sa part au côté de Pierre Lozedans la publication qui a conclu ce travail, au terme d'une quinzaine d'années de recherches et de visites sur place. L'éditeur Pierre Mardaga put éditer en 2005 un volumineux ouvrage de 1.168 pages mettant à profit une iconographie et des connaissances exceptionnellement riches, réunies sur base d'un travail d'inventaire initié une quarantaine d'années plus tôt, grâce à un ministre éclairé. À côté des analyses par typologie d'objet, conduite par Paul Philippot que sa connaissance du classicisme et du baroque romain a grandement servi, les biographies d'artistes élaborées par Dominique Vautier constituent dans cet ouvrage une galerie de portraits d'artistes qui se succèdent chronologiquement jusqu'au derniers avatars du baroque, contemporains de la naissance du néoclassicime. Quelque temps après, poursuivant sur ce sujet, Denis Coekelberghs et Alain Jacobs unirent encore leur efforts pour rassembler les sculptures en marbre et terre cuite conservées dans le collections privées et leur consacrer une exposition qui se tint à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, accompagnée d'un catalogue qui constituait un complément indispensable au livre réalisé quelque années plus tôt. L'expertise, la connaissance du marché et des collections privées sont venues ainsi compléter une étude basée principalement sur le patrimoine public.

La retraite arrivant, Denis Coekelberghs s'est sagement retiré de l'Association du Patrimoine artistique, mais il a gardé le goût pour de petits articles, aux sujets pointus, parfois polémiques sur des attributions ou des questions de conservation, généralement réservés à la Tribune de l'Art, et il est resté un collectionneur passionné en contact étroit avec le marché de l'art.

De cette carrière d'historien de l'art, très fructueuse, ressortent des qualités fondamentales : celle d'une volonté de partage des connaissances qui s'est manifestée de façon continue, assortie d'une autre précieuse capacité d'encourager de jeunes collègues sur la voie de recherches approfondies. Elles nous ont permis, si nous étions capables de les recevoir, de pouvoir à notre tour affirmer notre propre talent et de tracer ainsi notre chemin. Dans bien des cas la formation catholique de Denis a pu indépendamment de la question de la foi, nous permettre d'approcher de très près la compréhension de la sensibilité religieuse, alors que l'horizon laïque de notre formation aurait pu nous faire passer à côté des subtilités culturelles, théologiques ou dogmatiques qui font la saveur spécifique de chaque époque.

L'influence de Denis s'est encore fait sentir au-delà de son retrait de l'association avec l'étude menée par Dominique Vautier sur les conditions du voyage des peintres se rendant en Italie. Une exposition intitulée Tous les chemins mènent à Rome. Voyages d'artistes du XVIe au XIXe siècle basée sur des témoignages d'époque confrontés à des tableaux venus pour la plupart de musées belges et français mais aussi italiens, hollandais, allemands et suisses, qui fut mise sur pied au musée d'Ixelles en 2007 et rencontra un très vif succès par son approche originale. Elle fut ensuite montée en 2008 successivement aux musées de Castellon, de Valence et d'Alicante.

Enfin, l'étude sur Le voyage d'un artiste florentin dans les Pays-Bas méridionaux en 1612-1613: Remigio Cantagallina, dessinateur et graveur florentin, menée à partir d'un mémoire de fin d'étude de Roland de Lathuy procédait encore du même principe d'échanges d'informations, mais cette fois élargi à une équipe internationale de chercheurs belges, italiens et français.

Voici tout ce que nous devons à Denis Coekelbergs.

L’Association du Patrimoine artistique

Du 7 au 29 mars 2026

Les sites néolithiques de Linkebeek-Rhode-Uccle

& Gloria Quint

C'est par deux autres habitants de Linkebeek, collectionneurs de silex de l'âge néolithique, que nous avons eu l'attention attirée par un autre sujet qui sera celui de notre prochaine exposition. Les confins d'Uccle et de Linkebeek, alors très boisés, et les communes voisines Rhode ou Beersel, qui l'étaient autant, étaient constellées de sites d'habitat vers 4.000 avant notre ère. Leurs traces ont pu être relevées à la fin du 19e siècle, avant l'urbanisation moderne. Quantité de silex taillés y ont été ramassés. Les historiens anthropologues, géologues en ce temps, formaient des sociétés savantes qui se passionnaient pour notre passé préhistorique et tentaient de comprendre l'aube de la civilisation. Aujourd'hui c'est avec prudence et une obstination scientifique que l'on essaye de saisir plus rigoureusement les caractéristiques de ces sociétés, en échappant si possible au piège de l'évolutionnisme qui ferait de ces être primitifs, que l'on a bien voulu appeler sapiens, les précurseurs et annonciateurs d'une civilisation dont nous représentons le brillant accomplissement. Madame au foyer, Monsieur à la chasse, il semblerait que les préhistoriens jusqu'au milieu du 20e siècle aient projeté leur condition sociale sur le passé lointain et écrit beaucoup de choses sans aucun fondement. Il reste que la connaissance de ces sites d'habitat, si nombreux et voisins les uns des autres, laissent à l'imagination mille questions en suspens et des pistes nombreuses. On ne sait à peu près rien de la structure sociale de ces sociétés. Mais en suivant leurs déplacements, par les silex qu'ils acquéraient, nous parcourons mentalement les collines et les sentiers dans les bois qui allaient de l'un à l'autre de ces sites, et qui de Boitsfort à Spiennes en passant par Uccle, Linkebeek et Rhode, formaient un réseau de relations, dont la présence de silex taillés dans chacun de ces sites offrent la preuve.

... et parallèlement les sculptures de Gloria Quint

En montant l'exposition sur les mammouths, et en regardant les représentations par les hommes du paléolithique des animaux qu'ils ont dessinés dans des grottes, sans le savoir nous nous préparions à rencontrer par hasard Gloria Quint. Mais le hasard fait si bien les choses : sculpteur, créatrice de statues en bronze d'animaux divers, Gloria Quint s'est fait un nom d'artiste qui dit sa volonté d'aller à l'essentiel dans son art et de le faire connaître. La ressemblance de ses créations avec celles que l'on voit dans les grottes ornées à l'époque paléolithique nous a frappés : la même puissance de synthèse, la même conviction. L'émerveillement devant la nature. Gloria a habité en face de la maison Teirlinck et elle affirme que la vue sur ce lieu chargé de la présence de ce grand créateur lui a montré le chemin de son art.

PÉTITION URGENT

à signer et à diffuser

Défendons le patrimoine bruxellois /

Le patrimoine, ÇA NOUS REGARDE

https://c.org/TgtBRM59Yc

6e exposition

Mammouth[s] & Sibérie

Maciek Vanhonnaeker

Chercheur & photographe au CeRMaC

TOUS LES WEEK-ENDS DE FÉVRIER
Dès le 31 janvier jusqu’au 1er mars 2026
11.00-13.00 & 15.00-19.00
159 rue de Percke - 1180 Bruxelles

En présence de M. Vanhonnaeker tous les dimanches

Conférences : dimanches 8 février & 22 février à 18.00

Pendant des milliers d’années, les populations autochtones de Sibérie ont retrouvé des mammouths congelés sortis de la terre sibérienne. Autour de ces découvertes sont nées des mythologies et légendes qui interprètent à leur façon l'existence de cet animal. Maciek Vanhonnaeker, diplômé en philosophie et en langue slaves, et habitant de Linkebeek, s'est longuement penché sur ces récits des populations du Nord-Est de la Sibérie, notamment les Iakoutes, les Ioukaghirs, les Evenks, les Evens et les Tchouktches. Il réalise un doctorat portant sur ce sujet et dirige le Centre de Recherche en Mammouthologie Culturelle (CeRMaC). Cette exposition laisse entrevoir l'étendue de ses recherches, et présente des photographies de ses missions de terrain.

Par sa recherche sur la représentation mentale du mammouth dans la culture Iakoute du nord-est de la Sibérie, Maciek Vanhonnaecker nous fait faire un voyage dans l'espace et dans le temps. Et son objet est double, puisqu'il nous faut tout d'abord nous remémorer un animal disparu, fascinant, dont nous pouvons comprendre l'aspect grâce à Darwin et l'évolutionnisme, en essayant de nous figurer la ligne du temps et la longue migration de cet animal depuis l'Afrique vers le nord de l'Europe,qui en a fait le mammouth laineux.

Mais il nous faut ensuite tout oublier pour nous figurer le temps circulaire où vivent les Iakoutes. Ils n'ont jamais vu, rappelons-le, de mammouth vivant, cette espèce s'étant éteinte il y a 10.000 ans. Confrontés depuis des centaines d'années aux cadavres décomposés sortis de la glace, ils ont imaginé cet animal comme un taureau, comme une sorte de génie souterrain dans un monde dominé par le chamanisme et le temps cyclique, un animal mythique qui revient chaque année, et dont les naseaux dispensent l'épais brouillard où vivent les habitants de la Sibérie, pendant une grande partie de l'année.

Bon orateur, conteur habile, par des explications imagées, Maciek nous fait entrer et nous guide dans le monde souterrain où les chamans-guérisseurs évoluent entre ombre et lumière. Voilà qui nous permet de nous évader mentalement de l'actualité qui révèle elle aussi, tout à coup une réalité cachée

Année 2026

C'est avec plaisir que nous vous souhaitons le meilleur pour l'année 2026 et vous invitons à découvrir notre programme du printemps.

Dès février, vous serez invités à l'exposition organisée par le Cermac, Centre de Recherche en Mammouthologie Culturelle, dirigé par le linkebeekois Maciek Vanhonnaeker, diplômé en philosophie et langues slaves.

Ensuite, nous vous proposons une exposition sur les occupations néolithiques du bois de Buysdelle et à Boitsfort présentées par un membre de la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles, Michel Fourny, historien de l'art et archéologue.

Et au printemps avec l'exposition collective JARDINS, nous fêterons la nature et les activités humaines qui y sont liées, avec nous l'espérons la participation de plusieurs associations telles que Cycle Farm et Cycle Fleurs, Semances, Apis, Fian Belgium...

Ajoutons qu'à ce jour, le renouveau du conseil d'administration de l'Association du patrimoine artistique est occupé à se constituer, les nouveaux membres sont toujours les bienvenus.

Enfin, nous pouvons vous annoncer que notre prochain livre sur les villas de villégiature de Linkebeek et ses abords (des années 1880 à 1940) s'annonce sous les meilleurs auspices grâce à la collaborations de leurs habitants...

Bienvenue à nos rendez-vous et belle année 2026

Cordialement,

Décembre

Nous prolongeons l'exposition qui se tenait jusqu'au week-end du 13-14 décembre avec le week-end du 20-21 décembre

Les céramistes Véronique Bogaert, Thomas Flament et Paola Ahn, les créateursde vêtements dans de belles matières, Anne Germe et Mireille Ahn,les bijoux en argent de Michèle Grosjean, les patchworks de Donatienne Biju-Duval,ainsi que les peintures lumineuses de Colombe Lange rencontrent un succès certain. Il est possible aussi d'acheter à un prix raisonnable quelques petites céramiques ce qui constitute toujours un encouragement aux artistes en même temps qu'un magnifique cadeau en fin d'année.

11-13h et de 16-19h au 159 rue de Percke 159 à 1180 Uccle

Céramique, patchwork, peinture... hors du temps

L'art du céramiste potier s'apparente au grand art. À la différence de ce dernier, il ne s'inscritcependant pas de la même façon dans l'histoire. L'artiste qui le pratique se mesure d'égal à égal à ses devanciers d'il y a cent ans, cinq cents ans, voire plus. C'est un art intemporel. Il nous met dans des dispositions d'esprit qui nous permettent d'entrer dans le sentiment de la beauté, sans avoir à passer par la préoccupation de l'histoire, dans celle de la modernité ou du déjà vu ou encore du bon goût. Il en va de même des patchworks qui s'inscrivent dans une tradition à laquelle la patience se mesure, où le hasard entre de façon semblable dans le résultat, et qui met en jeu librement notre appréciation. Face à la course à l'originalité, qui mine à présent la peinture, on peut aussi s'enchanter de la rencontre avec un art qui se contente de réjouir la vue, qui préfère manier le pinceau que les concepts, et qui tente de s'inscrire dans une permanence semblable à celle de la vie elle-même et de son renouveau. C'est aussi cela que nous évoque Noël... Voilà pourquoi, au moment symbolique de transition de l'année où l'on cherche un cadeau à faire qui fasse sens, nous réunirons en décembre les œuvres de quelques artistes de talent qui font écho à ces préoccupations. Pierre Loze

5e exposition au 159 rue de Percke - 1180 Bruxelles

Décembre, Noël, Nouvel An

Céramiques, patchworks, parures, peintures... hors du temps

Véronique Bogaert - Paola Ahn - Thomas Flamant céramiques

Donatienne Biju-Duval patchworks

Anne Germe - Mireille Ahn lainages

Michèle Grosjean bijoux

Colombe Lange peintures

3 weeks-ends de joie et de lumière

11-13h et de 16-19h au 159 rue de Percke 159 à 1180 Uccle

Samedi 29 & dimanche 30/11
Samedi 6 & dimanche 7/12
Samedi 13 & dimanche 14/12

Exposition DEDANS - DEHORS

THERESE CHOTTEAU

au 159 rue de Percke à 1180 BruxellesDu 11 octobre au 2 novembre

DERNIER WEEK- END ce SAMEDI 1e et DIMANCHE 2 NOVEMBRE

Tous les samedis et dimanches de 11 à 13 et de 16 à 19 heures

C'était au début des années 70. Nous avions vingt ans. Nous nous donnions rendez-vous chez Felix-Adrien qui avait un grand appartement rue de Bordeaux. Nous étions quelques jeunes gens passionnés par ce qui se passait en art. Le Pop Art, cherchant à unir l'art et la vie, convoquait des références en utilisant les signes et objets quotidiens. Nous étions tout autant séduits par l'art minimal qui englobait le spectateur dans l'espace ou la lumière de l'œuvre. Et voilà qu'apparaissait à sa suite l'art conceptuel. Les fondements de l'art traditionnel semblaient vaciller. Therese était là parmi nous, parlant déjà de sa propre création. Elle a su prendre ce que ce moment de l'art avait de vrai tout en restant elle-même. Ses sculptures captent le mouvement, la démarche ou l'allure, autant que les traits des personnes; elle a su saisir l'air du temps sans s'y assujettir, parler de l'espace mental où nous évoluons, avec humour et légèreté. Rien n'échappe à son regard sur un monde en mouvement en proie au doute, à la complexité, dont elle transposeles traits avec les moyens traditionnels de la sculpture et les accessoires de l'assemblage. Cette façon d'unir l'art et la vie si personnelle, touche même à notre relation avec la nature. Ses expérimentations multiples restent si charnelles qu'elles échappent à l'intellectualisme qui en cinquante ans a progressivement tari les prolongements de ce mouvement qui nous enthousiasmait tant. Comme certains de ses personnages sculptés qui arpentent l'espace à grands pas, Therese Chotteau a traversé le monde de l'art exprimant sa confiance dans la création et en gardant le fil de toujours nous parler avant toute chose de l'existence humaine.

Pierre Loze

3e exposition à Uccle

DEDANS-DEHORS

Josias Delcourt, poète et photographe

Véronique Bogaert, céramiste

159 rue de Percke 1180 Bruxelles

Du samedi 13 septembre au dimanche 5 octobre 2025

ouvert tous les samedis et dimanches de 11 à 13 et de 16 à 19 heures

Josias Delcourt

Exposition de ses photographies et présentation de ses recueils de textes poétiques

Je ne connaissais pas Josias Delcourt. Je l'ai vu entrer chez moi à l'occasion d'une ouverture de notre maison à une exposition de deux amis artistes, l'un peintre, l'autre sculpteur, assortie de la présentation de notre livre sur Linkebeek. Nous avons vu ce jour-là passer bien du monde, mais l'intense présence silencieuse de ce jeune homme m'a frappé, à peine avait-il franchi le seuil.

J'ai immédiatement ressenti son attention aigue au lieu et aux êtres. Il m'a dit son nom, je lui ai demandé où il habitait dans la commune, puis ce qu'il faisait dans la vie:

- Je travaille dans un magasin... et j'écris... de la poésie surtout.

J'en étais sûr ! Cette façon de pénétrer dans la pièce, comme un chat, cette manière d'être là, à la fois si discrète et si intense. Nous avons parlé, et me souvenant combien à son âge j'étais impatient d'écrire, de m'illustrer par la plume, je l'ai félicité d'être poète, d'aborder cet art si difficile, l'encourageant à persévérer sans jamais désespérer. Je n'avais encore rien lu de lui, mais j'ai deviné son être et senti luire un diamant en lui. Je lui ai remis un petit écrit personnel, un des rares que j'ai publié, un peu différent de ma vaste production de journaliste et d'historien de l'art. Il est revenu le lendemain me déposer deux de ses recueils dont l'un où ses textes sont accompagnés par ses photos.

Éblouissant.­­­

Je crains de paraphraser cette façon de creuser les mots, d'y souffler comme dans une flûte pour en sortir des sens, qui les rafraîchissent, surprennent et enchantent. J'aime aussi chez lui l'hésitation qui tremble d'abîmer ce qu'elle décrit, et de laisser fuir ce qu'elle a senti, qui est aussi l'expression de la conscience de la fragilité de l'instant où la beauté des choses se révèle.

Bref, nous avons décidé, Dominique et moi, de l'inviter à exposer ses photos chez nous et de contribuer à diffuser ses écrits, et qu'au murmure du ruisseau qui borde notre jardin, s'ajoute cette fois pour les visiteurs celui d'un poète talentueux.

Si je dis éblouissant, c'est que l'on n’arrive pas à tout prendre d'un coup dans ces flashs verbaux, à tout saisir de ces courts-circuits de sens qui font éclater des petits éclairs où s'ouvrent une respiration, un souffle ou une espérance et qui se heurtent à la pudeur. A-t-on le droit d'attendre autant de la simple existence ? Le sentiment que les mots communs ne peuvent pas tout dire habite cette recherche d'en dire plus, cette volonté de dépasser les limites du langage, de bâtir d'autres équivoques, qui déverrouillent la pensée et l'existence même et la laissent quelques instants flotter ailleurs.

Pierre Loze

Véronique Bogaert

Au même moment, au jardin, nous montrerons les grands vases de Véronique Bogaert, céramiste formée au Japon. Elle a appris son art chez un maître potier à Kasama, important centre de céramique au nord de Tokyo, et elle a ensuite vécu vingt ans dans ce pays. À présent, elle enseigne à son tour cet art dans son atelier à Wezembeek.

Dans les grands vases qu'elle crée, le décor et la matière ne font qu'un, l'esprit s'y glisse dans la substance et s'apaise de n'avoir plus qu'à regarder et à suspendre le cours de ses pensées. Née sous la flamme, une allégorie de la vie et de l'énergie s'offre à la vue. Rondeur ou élancement, envie d'y poser la main, un art qui convoque d'abord les sensations, et fait naître une contemplation silencieuse.

Véronique Bogaert fait aussi de la vaisselle : plats, assiettes, bols, tasses qui mêlent la beauté à l'utilité quotidienne. Nous les présenterons dans une prochaine exposition, aux alentours de Noël, et à cette occasion, nous évoquerons le rôle de ces objets qui enchantent la vie de tous les jours et parfois même jalonnent l'existence.

détails
UNE SECONDE EXPOSITION AUX LIMITES D'UCCLE ET DE LINKEBEEK

DEDANS-DEHORS

exposition Vincent Strebelle

Tous les week-ends du mois de juin 2025

de 11 à 13 et de 16 à 19 heures

Présentation de notre livre sur Linkebeeek

et

Exposition des œuvres de Vincent Strebelle

Nous publions ce live sur Linkebeek pour conjurer l'esprit du triste moment politique que nous traversons. À côté de l'histoire de cette petite commune, notre livre commémore les artistes, les créateurs, les hommes de sciences, les résistants qui y ont vécu. Et pour réveiller le souffle de vie, d'invention, de joie de vivre, nous invitons un artiste dont l'inventivité et la liberté créatrice nous a toujours enchanté. Vincent Strebelle, fils de l'architecte moderniste Claude Strebelle, neveu d'Olivier, est surtout l'enfant d'une génération et d'une époque bien différente de celle d'aujourd'hui. Il a grandi au cours de ces années 50, inspiré par les Exercices de style, Zazie dans le métro ou par Jacques Tati, et tout au long de sa carrière de peintre et de sculpteur, il a mêlé l'esprit créateur et l'humour, bousculé les conventions, joué avec les mots, jeté le rire et l'invention au travers de tous les conformismes dont notre temps est malheureusement devenu si friand.

À côté de notre lieu à Bruxelles, devenu de moins en moins accessible, où se tient encore jusqu'au 28 juin une ultime exposition sur la photographie, c'est donc au 159 rue de Percke, aux limites d'Uccle et de Linkebeek, que nous vous recevrons désormais, dans notre jardin sauvage, petit îlot de résistance au bellicisme et aux pestilences de la bêtise organisationnelle qui s'abattent à présent sur les citoyens, sur les êtres humain, comme sur le règne animal et sur la nature.